Le mouvement anti-chasse rassemble des citoyens, des associations et des personnalités publiques qui souhaitent encadrer ou abolir la chasse en France. Loin d’être marginal, ce courant s’appuie sur des arguments variés (bien-être animal, sécurité, biodiversité) et gagne du terrain dans l’opinion publique depuis plusieurs décennies.
Pourquoi s’opposer à la chasse ?
Le bien-être animal, premier argument
La souffrance animale reste la raison la plus fréquemment avancée. Les opposants à la chasse considèrent que tuer un animal pour le loisir est éthiquement inacceptable, en particulier quand il s’agit de pratiques jugées cruelles comme la chasse en enclos. Dans ces dispositifs entourés de grillages, les animaux n’ont aucune issue possible.
La chasse à courre concentre une part importante des critiques : les animaux (cerfs, sangliers, renards) sont pourchassés pendant des heures jusqu’à l’épuisement. Cette pratique est aujourd’hui interdite dans de nombreux pays d’Europe.
Côté gibier d’élevage, les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque année en France, environ 19 millions de faisans et perdrix sont élevés dans des conditions difficiles pour être lâchés et abattus lors de parties de chasse.
Sécurité et pollution, deux préoccupations concrètes

Au-delà du sort des animaux, la sécurité des non-chasseurs est une préoccupation croissante. Selon un sondage IFOP de 2017, 71% des Français se sentent en insécurité lors de promenades en nature pendant la période de chasse, un chiffre en forte hausse par rapport aux 54% de 2009. Pour ceux qui fréquentent les forêts et chemins ruraux, se promener en forêt sans risque pendant la saison de chasse n’est pas anodin.
Les militants anti-chasse pointent aussi d’autres dérives :
- Les pièges non sélectifs, qui tuent sans distinction espèces protégées et animaux domestiques
- La pollution au plomb des munitions, nocive pour la faune et les sols
- L’occupation quasi-permanente de l’espace naturel par une minorité (les chasseurs représentent moins de 2% de la population française)
Quelles associations portent le mouvement anti-chasse ?
Le paysage associatif est riche et varié. Quelques acteurs incontournables :
- ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages) : l’une des plus actives en France, spécialisée dans les recours juridiques et la défense des espèces menacées
- LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) : historiquement fondée par des ornithologues, elle s’oppose aux pratiques nuisant aux populations d’oiseaux
- AVA (Abolissons la Vénerie Aujourd’hui) : focalisée sur la chasse à courre, qu’elle cherche à interdire
- One Voice : association généraliste de défense animale, qui multiplie les procédures judiciaires
- Fondation Brigitte Bardot : très visible médiatiquement, elle finance des sondages et des campagnes de sensibilisation
Des personnalités comme le journaliste Hugo Clément ou l’humoriste Rémi Gaillard donnent une visibilité nationale aux actions du mouvement.
Comment le mouvement anti-chasse agit-il concrètement ?
Les méthodes ont beaucoup évolué ces dernières années. Longtemps associées aux manifestations bruyantes et aux actions coup de poing dans les forêts, les associations misent désormais davantage sur le droit. Cette transition reflète une stratégie plus discrète mais plus efficace.
L’exemple le plus récent est emblématique : en juin 2025, le Conseil d’État a annulé un décret de décembre 2023 qui autorisait le tir du sanglier depuis un poste fixe autour des parcelles en cours de récolte. C’est l’ASPAS qui avait déposé le recours et la victoire est venue d’un argument technique : le décret pouvait permettre l’usage de véhicules pour rabattre les animaux, ce qui est interdit.
Les particuliers ont aussi des recours. Depuis le décret n°2019-1432 du 23 décembre 2019, tout propriétaire peut interdire la chasse sur son terrain en envoyant un courrier recommandé au président de la Fédération départementale des chasseurs.
Que disent les sondages sur la chasse en France ?
Les études d’opinion montrent une hostilité croissante de la population envers certaines pratiques cynégétiques. Selon le sondage IFOP réalisé en 2017 pour la Fondation Brigitte Bardot :
- 84% des Français se disent opposés à la chasse à courre (contre 73% en 2005)
- 82% souhaitent au moins un dimanche sans chasse par semaine, une revendication portée notamment par la pétition pour un dimanche sans chasse
- 89% réclament l’interdiction de la chasse aux trophées et de leur importation en France
Ces chiffres illustrent un fossé grandissant entre les chasseurs et le reste de la société. À l’étranger, le canton de Genève a interdit la chasse dès 1974 à la suite d’une initiative populaire, une décision qui reste une référence pour les militants français.
La question d’une réglementation plus stricte reste donc un débat vivace, à mesure que les associations gagnent en expertise juridique et que l’opinion publique évolue.











